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jeudi 28 novembre 2013

Goma, dans la fièvre avant l’arrivé de Joseph Kabila

Par Feza Umande

Goma est dans la fièvre de l’attente du président de la république! Du coup la ville change d’image. La capitale du Nord Kivu est caractérisée par la poussière en saison sèche et les « nids de poule » sur la route en saison de pluie. On dirait qu’elle est entrain de faire l’objet d’un traitement de faveur cette semaine. Au menu : des calicots avec des messages de félicitation à l’égard du chef de l’état et des FARDC, de mots de bienvenu pour ne citer que ceux-là.

Les routes jusqu’alors non asphaltées, donnant l’impression qu’elles ont été jetées aux oubliettes par les autorités urbaines, font l’objet d’un entretien spécial. Les nids de poules qui rendaient difficile le transport sont entrain d’être bouchés. De gens se promènent en t-shirts 100% Raïs, des képis aux effigies des parties politiques de la majorité présidentielle. Ah j’ignorais qu’il y avait encore de gens qui gardaient encore cette pacotille datant de 2006 et 2011. Bon d’accord, peut être qu’on la leur a redistribuée parce qu’elle est encore toute neuve.

A Goma, on sent qu’il est vraiment proche et qu’on lui réserve un accueil chaleureux. Du coup, ca me rappelle la campagne électorale de 2011. Période pendant laquelle de gens ont reçu ces cadeaux manipulateurs de la part des candidats qui, dans la suite,  n’ont plus rien fait pour leurs circonscriptions électorales. Par-ci par-là des conférences de presse de tel ou tel autre ministre, présent à Goma, pour préparer l’arrivé du Président Kabila.

Chaque soir sur l’artère principale, les conducteurs de véhicules font l’objet d’un ‘semblant’ de contrôle systématique. Quand ils s’approchent du vehicule, le scrutent rapidement, après quoi vous êtes libre de passer. Sacré manière de faire un contrôle ! Et pour ca il faut faire la queue pendant des longues minutes. Mais bon, on est habitué à des tracasseries routières pires que celle-ci.

Difficile de ne pas se rendre compte du brusque changement de l’image de la ville quand on sait que Goma est parmi les villes les plus salles du pays. Mais en tout cas ce ne serait pas ça que celui qu’on appelle le Raïs devrait avoir comme impression. Pourtant je suis sûre qu’il en connait les problèmes majeurs ; dont le manque d’eau potable, d’électricité,  de route et le plus grand, celui de l’insécurité grandissante.

Alors pourquoi faire semblant ? Es-ce dans l’objectif de lui plaire ?  

« Nous devons profiter de ce temps que le président  va passer de notre ville pour rouler sur une route sans trous, le temps pour nous de reprendre des forces. Chaque jour nous avons des mal de dos », dit un motard ravi de rouler sur une route bien rasée sur le tronçon en face de la Mairie de la ville.

Le Protocole d’Etat…
Revenons au Chef de l’Etat qui, je l’espère bien, vient à Goma incessamment. On dirait qu’il est le seul à connaitre son programme. Il vient, selon les propos du Président du Conseil Supérieur de l’Audio Visuel (CSAC) rencontré hier à Goma,  pour ‘réconforter la population de l’Est de la RDC, ce peuple meurtri par la guerre depuis plus d’une décennie. Mais aussi pour adresser ses félicitations aux vaillantes troupes des FARDC’.

Ces vaillants militaires de la RDC qui avaient fait l’objet, en novembre 2012, d’une moquerie de la part des éléments du M23 disant qu’ils « étaient incapables de tuer même un rat ». Mais aujourd’hui certains des dirigeants dudit mouvement se retrouvent en cavale.

Aujourd’hui nous sommes entrain d’observer une ville qui change d’image jour après jour en attendant l’arrivée du Commandant Suprême des FARDC. Les autorités urbaines ont visiblement décidé de faire porter à cette ville sa plus belle robe, disons pour l’instant en tout cas.

Et le pauvre peuple dans tout ça ? Oh, on ne peut que profiter de ce peu de temps pour vivre dans une ville un peu plus propre et nous fondre dans le décor. 

mardi 24 septembre 2013

UNE PASSERELLE A GOMA:POUR QUOI FAIRE?


Des enfants en train de jouer sur passerelle de Goma/RDC.
Le gouvernement provincial du Nord Kivu a investi plus de 77000 dollars Américains dans la construction d’une passerelle à Goma. Des piétons sensés l’utiliser  s’interrogent sur sa pertinence.

La place de la révolution comme le gouverneur de la province l’a appelée lors de son inauguration le 27 avril 2013, ce pont a été construit au rond point Institut de Goma, un des endroits les plus fréquentés de la ville et où l’on observe beaucoup d’embouteillages.

Etant de Goma, je n’avais vu des passerelles qu’à la télévision, dans des grandes villes des pays développés mais jamais dans une ville comme la nôtre.

Construire un tel pont  pour quelles fins ? C’est la question que je continue à me poser. Beaucoup de problèmes accablent notre petite ville : absence quasi-totale de l’ eau, de l’électricité, de routes asphaltées et de sécurité, ainsi que le non payement des fonctionnaires de l’Etat,....Mais au delà de toutes ces galères, le gouvernement juge important d’utiliser plus de 77000 dollars américains pour construire un pont.

 Avant même de me poser des questions sur les performances des travaux de cette passerelle, je me demandais d’abord si réellement sa construction était opportune. Apres tout, qu’est ce qu’on n’aura pas vu dans cette ville où tout est permis ?

Si c’est pour limiter les embouteillages et faciliter la circulation, ce canal a failli à sa mission. Les embouteillages sont toujours présentes  à certaines heures de la journée et rares sont les piétons qui l’utilisent pour traverser la route.

Diverses raisons sont avancées par certaines personnes pour ne pas l’utiliser. « Je ne peux pas monter sur ce pont  pour traverser la route parce que mon infirmité ne me le permettra  pas » se plaint une femme handicapée. Même ceux qui ne souffrent d’aucun handicap s’entassent devant le policier de roulage pour qu’il les fasse traverser. « Monter sur la passerelle et redescendre c’est fatiguant, je préfère attendre un moment pour que je trouve l’occasion de me frayer un chemin entre les voitures » explique un étudiant qui doit chaque jour traverser la route pour se rendre à son université située à quelques mètres de la passerelle.
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Policier de roulage, conducteurs de motos taxi et chauffeurs de voitures ne cessent de se plaindre en voyant des gens s’attrouper sur la route négligeant radicalement d’utiliser le pont.
«Les piétons digèrent mal le fait que je leur demande d’emprunter la passerelle  qui a été construite pour leur faciliter le passage et limiter au maximum les embouteillages.» explique un policier de roulage occupé à  faire traverser un groupe de passant devant lui.

Pourtant dans son discours lors de l’inauguration de ce pont, le gouverneur a affirmé:« L’ouvrage que nous inaugurons ce jour est l’expression de la volonté du gouvernement provincial à garantir la sécurité à tous et à faciliter la circulation des personnes et de leurs biens »

Place de la révolution de Goma/RDC.
La ‘’Place de la révolution’’est devenue pour les enfants un bon endroit pour s’amuser.  Ils sont nombreux ceux qui viennent jouer sur les tuyaux qui forment les garde-fous de la passerelle sans tenir compte de tous les dangers qui les guettent.
Si tout le monde s’en méfie, ces enfants eux en sont contents.

Construire une passerelle à Goma c’est une bonne chose, mais après? A-t-on étudié les besoins réels de la population de Goma avant de décider de la construire?

La citation de Mahatma Gandhi « Celui qui fait une chose pour moi mais sans moi, le fait contre moi » se fait remarquer à Goma. La population semble ignorer la passerelle qui a pourtant été construite pour elle.
                                                                  


                                                                                      Par FEZA UMANDE Alice.